Insécurité alimentaire au Sénégal : la période de soudure rappelle l’urgence de renforcer la résilience des systèmes alimentaires

L’insécurité alimentaire désigne une situation dans laquelle une personne ou un ménage ne dispose pas, de manière régulière, d’un accès physique, économique ou social à une alimentation suffisante, saine, nutritive et adaptée pour mener une vie active et en bonne santé. Malgré des progrès observés ces dernières années, elle demeure un défi majeur à l’échelle mondiale.

Selon le rapport State of Food Security and Nutrition in the World (SOFI 2026), près de 645 millions de personnes souffraient encore de la faim en 2025, tandis que 2,1 milliards de personnes, soit 25,8 % de la population mondiale, étaient confrontées à une insécurité alimentaire modérée ou sévère.

L’Afrique reste le continent le plus touché, avec environ 309 millions de personnes souffrant de la faim et 56,6 % de la population confrontée à une insécurité alimentaire modérée ou sévère.

Au Sénégal, les périodes de soudure aggravent cette vulnérabilité. En 2023, environ 1,3 million de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire aiguë durant cette période critique, rappelant l’urgence de renforcer la résilience des systèmes alimentaires et d’anticiper les crises récurrentes.

La période de soudure, qui s’étend généralement de juin à août au Sénégal, constitue chaque année un moment de forte vulnérabilité pour de nombreux ménages ruraux. Marquée par l’épuisement progressif des stocks issus des récoltes précédentes, alors que les nouvelles productions ne sont pas encore disponibles, cette période met à rude épreuve les populations les plus fragiles, les éleveurs et les territoires dépendants de l’agriculture pluviale.


Lors du Conseil des ministres du 29 juillet 2026, le Premier ministre a tiré la sonnette d’alarme face à la dégradation de la situation alimentaire et pastorale. Les dernières analyses du Cadre harmonisé sur la sécurité alimentaire révèlent une aggravation de l’insécurité alimentaire sévère dans plusieurs départements, notamment Goudiry, Salémata, Bambey, Matam, Podor et Ranérou. Si le nombre exact de personnes concernées n’a pas été communiqué, ces résultats traduisent une fragilité persistante qui appelle une réponse rapide et coordonnée.


En réaction, le gouvernement a demandé la mobilisation immédiate des financements nécessaires pour mettre en œuvre le Plan national de réponses. Plusieurs institutions publiques, dont le Fonds de solidarité nationale, le Commissariat à la sécurité alimentaire et à la résilience du Sénégal, le Conseil national de développement de la nutrition, l’Opération de sauvegarde du bétail et le Programme national de bourses de sécurité familiale, ont été mobilisées afin de soutenir les ménages vulnérables, prévenir la malnutrition et accompagner les éleveurs confrontés au manque de pâturages.


Une crise récurrente qui dépasse l’urgence


Au-delà de la réponse humanitaire, cette nouvelle alerte rappelle que les crises alimentaires au Sénégal restent largement structurelles. La dépendance aux aléas climatiques, les faibles capacités de stockage, les pertes post-récolte, les difficultés d’accès aux marchés, la hausse des prix des denrées alimentaires et les revenus limités des ménages accentuent chaque année les effets de la soudure.


Cette situation interroge également la résilience des systèmes de distribution alimentaire. Dans plusieurs territoires, l’approvisionnement devient plus difficile et les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer, compromettant leur accès à une alimentation diversifiée et de qualité.


Anticiper plutôt que subir : quelles solutions pour le Sénégal ?


Pour Sen Retail, cette situation souligne la nécessité de renforcer les politiques d’anticipation afin de réduire durablement les effets des périodes de soudure. Plusieurs leviers méritent une attention particulière :

  • Renforcer les capacités nationales de stockage des céréales et des produits alimentaires stratégiques afin de mieux réguler les disponibilités pendant les périodes critiques ;
  • Développer des infrastructures modernes de conservation et de transformation des productions agricoles pour limiter les pertes post-récolte ;
  • Encourager la contractualisation entre producteurs, transformateurs et distributeurs afin de sécuriser les débouchés et l’approvisionnement des marchés tout au long de l’année ;
  • Soutenir davantage les petites exploitations familiales grâce à un meilleur accès au financement, aux semences améliorées, à l’irrigation et aux équipements agricoles ;
  • Renforcer les programmes de protection sociale ciblant les ménages les plus vulnérables avant l’installation de la période de soudure ;
  • Améliorer les systèmes d’alerte précoce et le suivi des prix afin d’intervenir plus rapidement lorsque les premiers signes de tension apparaissent ;
  • Promouvoir une meilleure coordination entre les acteurs publics, les collectivités territoriales, les organisations paysannes, les entreprises de la distribution et les partenaires techniques et financiers.

Une urgence : construire une véritable résilience alimentaire


Les crises alimentaires récurrentes montrent que la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement des volumes produits, mais également de la capacité à stocker, transformer, distribuer et rendre les aliments accessibles à l’ensemble de la population.


Dans un contexte marqué par le changement climatique, la croissance démographique et les tensions sur les marchés internationaux, le Sénégal devra accélérer les investissements dans des systèmes alimentaires plus résilients, plus inclusifs et mieux connectés aux territoires.


En conclusion, la période de soudure doit être considérée non seulement comme une urgence à gérer, mais aussi comme une opportunité de renforcer durablement la souveraineté alimentaire du pays. Anticiper les crises, soutenir les producteurs, moderniser les chaînes de valeur et garantir l’accès des consommateurs à une alimentation saine et abordable constituent des priorités essentielles pour bâtir un système alimentaire capable de faire face aux défis des prochaines décennies.


Article de sensibilisation réalisé par Malick MBOUP, docteur en géographie et fondateur de la plateforme d’information et de sensibilisation des consommateurs, Sen Retail

Source de la photo de couverture : © hadynyah / Getty Images


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