« De Dakar à Durban : Le parcours engagé d’Omar Diedhiou à la Zero Waste Academy Africa »

Introduction
En tant qu’acteur engagé dans la lutte contre les déchets et la promotion de l’économie circulaire, j’ai eu l’immense privilège de participer à la Zero Waste Academy Africa organisée par GAIA Africa. Cette académie, qui s’est déroulée en deux phases : une formation en ligne de quatre semaines et une immersion d’une semaine à Durban, en Afrique du Sud, a rassemblé 50 participants en ligne et 27 en présentiel, issus de 19 nationalités africaines.

Cette expérience, qui s’est déroulée du 6 au 12 juillet 2025, a été bien plus qu’un simple programme de formation. Elle a été un véritable laboratoire d’idées, d’échanges et d’actions concrètes autour de la gestion durable des déchets. Ce fut aussi une opportunité unique de renforcer nos connaissances, nos réseaux et notre engagement pour un avenir zéro déchet sur le continent africain.

1. Une formation en ligne structurée et enrichissante (4 semaines)


La première phase de l’académie s’est déroulée en ligne sur une durée de quatre semaines, durant lesquelles la formation s’est structurée autour de 5 modules complémentaires, visant à fournir une compréhension complète et opérationnelle du concept zéro déchet, de l’analyse à la mise en œuvre locale.

a. Fondamentaux du Zéro Déchet et Mobilisation Communautaire
Les bases philosophiques et pratiques du zéro déchet ont été posées à travers :

  • L’introduction aux principes du zéro déchet, ses enjeux mondiaux et son urgence.
  • L’analyse de campagnes africaines réussies.
  • Des stratégies de plaidoyer et de mobilisation communautaire, incluant l’intégration des récupérateurs de déchets dans la chaîne de gestion.

b. Analyse des Déchets et Collecte de Données
L’objectif était de comprendre les déchets pour mieux les gérer :

  • Études de caractérisation pour identifier la composition des déchets.
  • Réalisation d’audits communautaires et d’audits de marque pour attribuer la pollution plastique aux entreprises.
  • Apprentissage des méthodes rigoureuses de collecte et d’interprétation de données.

c. Techniques de Gestion Durable des Déchets
Une palette d’outils pratiques pour réduire, transformer et valoriser les déchets :

  • Compostage sous diverses formes (fosse, suspendu, lombricompostage, etc.) et valorisation organique pour l’alimentation animale.
  • Stratégies de réduction et de réutilisation des plastiques (recharge, reconception, recyclage), en lien avec leur valeur économique et environnementale.

d. Collecte, Tri et Logistique Zéro Déchet
Une attention particulière a été portée à la structuration des systèmes de collecte :

  • Organisation de la séparation à la source (foyers, institutions).
  • Création et gestion d’IRM (Installations de Récupération des Matériaux).
  • Choix des outils (tricycles, chariots, bacs) et conception d’une logistique efficace.
  • Analyse de modèles économiques durables pour les systèmes de tri.

e. Déploiement, Suivi et Pérennisation des Projets
Les participants ont appris à piloter des projets à grande échelle :

  • Élaboration de plans d’action locaux zéro déchet.
  • Outils de suivi-évaluation pour mesurer l’impact.
  • Techniques de plaidoyer pour partager les résultats avec les parties prenantes.

Méthodologie de la formation

  • Apprentissage pratique : visites de terrain à Durban (centres de compostage, IRM, communautés).
  • Rencontres inspirantes : experts africains en zéro déchet et études de cas réels.
  • Collaboration et réseaux : travaux de groupe, discussions interactives et partenariats.

Projet de fin d’études
Chaque participant a conçu un plan d’action zéro déchet adapté à sa ville ou organisation, présenté en évaluation finale.

Ces modules ont été animés par des experts africains et internationaux passionnés. L’approche pédagogique, interactive et ancrée dans les réalités locales, m’a permis de mieux comprendre les enjeux liés à chaque étape du cycle de vie des déchets. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la façon dont les audits de marque peuvent servir de levier de plaidoyer puissant pour responsabiliser les producteurs et soutenir les politiques publiques.

2. Une semaine immersive à Durban : Apprendre par l’action


La deuxième phase s’est tenue en présentiel à Durban, une ville aussi dynamique qu’accueillante. Durant cette semaine, nous avons assisté à des sessions plénières où chacun a pu partager son expérience, ses projets zéro déchet, la communication, la plaidoirie et participer à des discussions autour de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et du futur Traité mondial sur les plastiques.

Ces échanges ont été enrichis par des ateliers pratiques et des visites de terrain : les Jardins Botaniques de Durban, le marché Early Morning, des laboratoires de sols, ainsi que des sites de compostage. Ces visites ont permis d’illustrer concrètement les stratégies de gestion locale des déchets et l’implication des communautés dans des solutions écologiques et durables.

3. Zoom sur USE-IT : L’innovation locale en action


Une des visites les plus marquantes fut celle du site USE-IT, un centre d’innovation vieux de sept ans où les déchets deviennent des opportunités économiques. Nous y avons découvert la fabrication d’écobriques, l’utilisation de la mouche soldat noire (BSF) pour le compost, ainsi que d’autres produits issus de la valorisation des déchets.

USE-IT applique le modèle ERP (Extended Producer Responsibility) en Afrique du Sud en intégrant les récupérateurs informels au cœur du système. Cette inclusion sociale et économique m’a particulièrement inspiré, car elle démontre qu’un modèle circulaire juste est possible lorsque les communautés locales sont valorisées et outillées.

4. Au cœur des modèles économiques circulaires


L’académie nous a également permis de comprendre les enjeux économiques du zéro déchet, à travers des exercices d’analyse coûts-bénéfices du détournement des déchets organiques. Nous avons exploré comment les systèmes de compostage, s’ils sont bien pensés et soutenus par des politiques publiques adéquates, peuvent générer des emplois, réduire les coûts de gestion des déchets et enrichir les sols agricoles.

Ces modèles sont parfaitement adaptables dans des contextes comme celui du Sénégal, où les déchets organiques constituent la majorité du gisement, mais restent peu valorisés.

5. Ce que je retiens et ce que je compte faire


Ce que je retiens avant tout de cette aventure, c’est la puissance du collectif : 50 jeunes Africains réunis autour d’une vision commune. J’ai été particulièrement touché par la diversité des parcours, la richesse des échanges entre pairs et la solidarité qui nous a animés tout au long de la formation.

De retour dans mon pays, je souhaite renforcer mes actions en matière d’éducation environnementale, notamment auprès des jeunes et des collectivités locales. Je veux également développer des projets pilotes de compostage communautaire et promouvoir les audits de marque comme outil de sensibilisation et de plaidoyer. Enfin, je reste ouvert à toute collaboration avec les acteurs africains du zéro déchet pour bâtir ensemble une Afrique résiliente et circulaire.

Conclusion
Je tiens à remercier chaleureusement GAIA Africa pour cette initiative exceptionnelle, ainsi que tous les intervenants et participants pour leurs contributions inspirantes. Cette académie a renforcé ma conviction que l’Afrique a toutes les ressources humaines, techniques et sociales pour devenir un leader mondial du zéro déchet.

« Mon expérience à la Zero Waste Academy Africa m’a confirmé une chose essentielle : le zéro déchet n’est pas une utopie, mais une voie concrète, réaliste et nécessaire pour notre continent. Continuons à apprendre, à partager et à bâtir ensemble des systèmes durables, inclusifs et résilients. C’est en unissant nos forces et nos savoirs que nous pourrons transformer nos territoires et construire une Afrique circulaire et souveraine. »



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