Titre – Les femmes, des socles pour garantir la souveraineté alimentaire au Sénégal
Selon un rapport de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en Afrique subsaharienne, les femmes produisent jusqu’à 80 % des denrées alimentaires destinées à la consommation des ménages et à la vente sur les marchés locaux. Pour des cultures comme le riz, le blé et le maïs, qui représentent environ 90 % de la nourriture consommée dans les zones rurales, ce sont principalement les femmes qui plantent les graines, désherbent, cultivent, récoltent et vendent les excédents agricoles.
Encadré : Les femmes, les gardiennes de nos savoir-faire agricoles
Malgré leur contribution majeure, les femmes sénégalaises font face à des défis importants. L’accès limité aux terres, aux financements et aux équipements agricoles freine leur productivité et leur capacité à renforcer l’autosuffisance alimentaire. Cette marginalisation est particulièrement préoccupante dans le contexte de la hausse des prix des intrants agricoles et des céréales importées, exacerbée par des crises internationales, et des sécheresses de plus en plus fréquentes. Elles sont essentielles pour nourrir l’Afrique, mais restent souvent marginalisées dans le secteur agricole. Leur accès aux terres, aux financements et au matériel agricole est limité, ce qui freine fortement leur productivité. Alors que le continent subit la hausse des prix du blé et des intrants, conséquence de la guerre en Ukraine, et qu’une sécheresse sans précédent touche certaines régions, la nécessité de soutenir les femmes des zones rurales devient plus urgente que jamais.
Photo 1 : Place des femmes dans la modernisation des pratiques agricoles @ Gandiol, M.MBOUP, 2018
Quelles politiques locales pour faire nos produits locaux les bases d’une souveraineté alimentaire ?
Au Sénégal, les femmes sont au cœur de la souveraineté alimentaire. Elles jouent un rôle essentiel dans l’agriculture et la transformation des produits locaux, contribuant directement à la sécurité alimentaire du pays. Actrices clés de la chaîne de valeur, elles transforment des céréales comme le mil et le fonio, ainsi que des légumineuses comme l’arachide, des aliments fondamentaux pour les communautés rurales et urbaines. Selon la plateforme Inter-réseaux développement rural, cette couche de la population est celle qui a le moins accès aux actifs (terres, équipements, formations, services ruraux, etc.) à côté des charges familiales qu’elles portent. Pourtant, les observations ont montré la résilience dont elles ont témoignée lors des périodes critiques (covid-19, bouleversement des marchés internationaux, etc., prouvant ainsi la capacité des femmes à réagir pour lutter contre l’insécurité alimentaire.
Enfin, l’accès à la terre reste un obstacle majeur pour les femmes. Selon l’ONU, moins de 15 % des propriétaires fonciers en Afrique sont des femmes, une situation similaire au niveau national. Dans de nombreuses régions, l’accès à la terre dépend encore des hommes. Les règles de transmission, qu’il s’agisse d’héritage après le décès d’un mari ou d’un père, ou en cas de divorce, sont souvent défavorables aux femmes, limitant leur autonomie et leur capacité à contribuer pleinement à la souveraineté alimentaire du pays.
De plus en plus, des efforts sont déployés pour répondre aux besoins des femmes. Ceux-ci comprennent notamment les réformes juridiques, l’accès au foncier et un vaste travail d’éducation. Ces initiatives sont à démocratiser, particulièrement dans les zones rurales.
Quelles politiques locales pour faire de nos produits locaux les bases d’une souveraineté alimentaire ?
Prenons l’exemple de la structure Femmes Agronomes du Monde (FAM) qui est dédiée à l’autonomisation des femmes dans le secteur agricole. FAM accompagne les productrices à travers des formations techniques, la transformation et la commercialisation. En intégrant les femmes dans des chaînes de production durables, FAM réduit leur vulnérabilité économique et renforce leur contribution à la sécurité alimentaire. Ainsi, je pense que pour garantir une souveraineté alimentaire durable, il est essentiel de multiplier ces initiatives, tout en investissant dans des infrastructures rurales, des financements adaptés et des campagnes de sensibilisation pour encourager la consommation locale. Ces actions collectives permettront de bâtir un avenir où les femmes jouent pleinement leur rôle dans l’autonomie alimentaire du Sénégal. Au-delà de ces initiatives, les consommateurs doivent aussi soutenir nos productrices en payant le juste prix.
Photo 2 : Boutique Jaba Bio créée par Yacine YADE pour commercialiser des produits locaux bio
Auteure : Mme Yacine YADE (Serial Entrepreneur/ fondatrice de la structure Femmes Agronomes du Monde ( F.A.M) / CEO JabaBio / Directrice de Publication de FAM magazine)