Des engagements globaux aux réalités locales : la RSE au service des territoires ?

Introduction

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) vise à intégrer les enjeux sociaux, environnementaux et économiques dans les activités des entreprises. En Afrique, elle permet de renforcer le développement local et la gouvernance inclusive. De plus en plus, on reconnaît que les ODD ne peuvent être atteints que si les acteurs locaux participent pleinement à leur mise en œuvre [1]. L’expérience montre que les approches « du haut vers le bas » sont limitées, et que la décentralisation crée les conditions d’un développement durable mieux adapté aux besoins locaux [2]. Dans ce contexte, la RSE peut encourager une coopération entre pouvoirs publics, entreprises et communautés, ouvrant la voie à une gouvernance partagée du développement durable (DD).

RSE et Objectifs de Développement Durable (ODD) : L’une jamais sans les autres ?

La RSE aide les entreprises à aligner leurs activités sur les ODD et les priorités locales. Par exemple, dans un communiqué du Ministère sénégalais du Travail et du Dialogue social, il est précisé que le modèle RSE national « veut contribuer au développement économique et social en prenant en compte les priorités locales en termes d’emplois de contenu local, de promotion… du consommer local, de renforcement de la formation professionnelle »[1]. En soutenant l’emploi local, la formation et les filières locales, l’entreprise agit concrètement pour l’ODD 8 (travail décent et croissance économique) et l’ODD 1 (éradication de la pauvreté).

Par ailleurs, la RSE incite les entreprises à évaluer leurs performances sur les trois piliers du développement durable. Ainsi, « à travers leur politique RSE, les entreprises peuvent lutter contre la pauvreté et impulser le développement local » [2]. En soutenant des projets sociaux (écoles, santé, etc.) ou en améliorant leurs pratiques environnementales, les entreprises contribuent directement aux ODD d’éducation, de santé, de lutte contre le changement climatique, etc.

La gouvernance locale inclusive, une nécessité ?

L’un des apports majeurs de la RSE est de favoriser des partenariats locaux durables. En collaborant avec les collectivités territoriales, les entreprises partagent leur expertise et leurs ressources avec les autorités locales. Les études montrent que « les partenariats locaux constituent un levier majeur pour amplifier l’impact des démarches RSE. En collaborant avec des associations, des municipalités ou des structures d’insertion, les entreprises bénéficient d’une meilleure connaissance du territoire et démontrent leur ancrage sociétal »[1].

En pratique, cela signifie monter des conventions ou des comités de pilotage mixtes où élus locaux, entreprises et représentants de la société civile définissent ensemble des projets (aménagement, énergie, formation, santé…). Ce mode de gouvernance partagée renforce la cohésion et l’acceptabilité sociale des projets.

Des institutions financières ou industrielles renforcent ainsi leur ancrage territorial en co-développant leurs projets avec les collectivités et les acteurs du terrain. Par exemple, via des partenariats avec des ONG ou fondations locales, certaines entreprises alignent leurs actions RSE sur les besoins exprimés localement : financement des micro-entrepreneurs, accompagnement des jeunes ou soutien aux filières agricoles prioritaires.

De ce fait, la décentralisation et le transfert de compétences offrent aux collectivités les moyens de piloter le développement durable à l’échelle locale[2]. Les entreprises locales ou implantées peuvent ainsi jouer un rôle « de premier plan » en soutenant les infrastructures et services publics (eau, routes, éducation). Dans certains pays africains, la mise en place d’Agendas 21 locaux ou de schémas directeurs territoriaux mobilise justement tous les acteurs du territoire (entreprises, ONG, communes) autour des mêmes objectifs. Ce cadre multi-acteurs traduit concrètement l’idée d’une gouvernance partagée de la durabilité.

Lutte contre la pauvreté et développement socio-économique ?

Une dimension clé de la RSE territoriale est l’inclusion socio-économique. En ancrant leurs investissements au niveau local, les entreprises créent des emplois, développent les compétences et soutiennent les filières locales. Par exemple, elles peuvent favoriser l’intégration de PME locales dans leurs chaînes d’approvisionnement ou offrir des microcrédits à des entrepreneurs.

Les entreprises qui adoptent des critères de production locale ou de formation apportent ainsi une contribution directe à l’amélioration des conditions de vie. De plus, la RSE oblige les organisations à mesurer leur impact sociétal : « la RSE oblige les entreprises à désormais évaluer leurs performances de façon globale sur les 3 axes du triple bottom-line »[1] (social, environnemental, économique). Les projets soutenus dans ce cadre, accès à l’eau, santé communautaire, énergie propre, soutien à l’agriculture familiale, visent souvent à réduire la pauvreté et les inégalités locales.

Dans de nombreux territoires africains, cette action privée est essentielle car l’aide publique reste limitée. Les entreprises peuvent ainsi compenser le manque d’infrastructures par des investissements ciblés (écoles, centre de santé, agriculture durable, etc.). Comme le souligne un rapport de l’ONU, pour relever les défis environnementaux (déforestation, gestion des sols) « il est essentiel de multiplier les partenariats publics et privés afin de mobiliser… des fonds pour intensifier la gestion durable des terres, des forêts et de la biodiversité »[2]. Ces partenariats, en réunissant ressources publiques et privées, participent activement à la lutte contre la pauvreté et au renforcement de l’économie locale.

Conclusion :

En synthèse, la RSE favorise un développement durable participatif dans les collectivités africaines. Elle incite les entreprises à agir au plus près des besoins locaux (emploi, formation, infrastructures) et à s’associer aux élus, ONG et citoyens. Une démarche RSE territorialisée, alignée sur les priorités locales et les ODD, peut produire un impact durable et mesurable. Par leurs actions sociales, environnementales et économiques, ces entreprises renforcent le tissu local tout en incarnant un nouveau modèle de croissance inclusive.

En lien avec les ODD et l’Agenda 2063, elle promeut une gouvernance partagée où chacun apporte ses compétences. Pour atteindre les objectifs durables (réduction de la pauvreté, protection de l’environnement, croissance équitable), les acteurs locaux (publics et privés) doivent collaborer étroitement. La RSE encourage ce modèle, elle permet de créer ensemble de la valeur sociale et économique, rapprochant les stratégies d’entreprise et les enjeux des communautés locales [6]. Ainsi, entreprises et collectivités peuvent conjuguer leurs efforts pour bâtir un avenir plus durable et inclusif pour tous.


Article de sensibilisation réalisé par M. Ayib SOCE, Chargé RSE chez Groupe COFINA | Positive Impact Accelerator

Les références et sites consultés :


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