Le 24 juin 2026, le Conseil des ministres de la Mauritanie a accordé à SD Mining Ghabou SA un permis d’exploitation aurifère (n° 3849C2) dans la zone de Ghabou, au Guidimakha. Selon les informations communiquées par les autorités, le projet couvre un périmètre d’environ 451 km², avec des réserves estimées à 1,365 million d’onces d’or, une production moyenne attendue de 68 000 onces par an pendant 20 ans, une participation de 10 % de l’État mauritanien et un potentiel de 1 000 à 1 200 emplois directs et indirects.

En tant que doctorant en sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où mes recherches portent sur le développement durable du secteur minier en Mauritanie, mais aussi en tant que fils du Guidimakha, cette annonce revêt pour moi une signification toute particulière.
Comme beaucoup de ressortissants de cette région, je l’ai accueillie avec beaucoup de joie et d’espoir ?
Le Guidimakha est l’une des régions les plus enclavées de Mauritanie. Située à près de 600 km de Nouakchott, elle fait face depuis longtemps à un chômage élevé des jeunes, à l’exode rural, à un déficit important d’infrastructures, à un accès limité aux services sociaux de base et aux effets des changements climatiques. Pendant l’hivernage, plusieurs localités restent difficilement accessibles.
Dans ce contexte, l’arrivée d’un projet minier d’une telle envergure peut représenter une véritable opportunité de transformation économique et sociale. J’espère sincèrement qu’il permettra de créer des emplois de qualité, de renforcer les infrastructures (routes, eau, électricité, écoles et centres de santé) et de soutenir les activités économiques déjà portées par les jeunes, les femmes, les agriculteurs et les éleveurs.
Je salue également les engagements annoncés par les autorités concernant le recrutement prioritaire de la main-d’œuvre mauritanienne, le transfert de compétences et la mauritanisation progressive des postes. Si ces engagements sont effectivement mis en œuvre, ils pourraient constituer un levier important pour l’emploi des jeunes et le renforcement des compétences nationales.
Cependant, cette annonce soulève aussi plusieurs interrogations qui me paraissent essentielles si nous voulons faire de ce projet un véritable exemple de développement durable.
La première concerne l’acceptabilité sociale, ou Social Licence to Operate. En tant qu’habitant du Guidimakha, j’ai personnellement découvert l’existence de cette concession à travers la publication du décret gouvernemental. Je m’interroge donc sur le processus d’information et de consultation des communautés concernées. Au-delà de l’autorisation administrative, une exploitation minière ne peut réussir durablement que si elle bénéficie de la confiance des populations locales.
Je m’interroge également sur les retombées concrètes pour le territoire.
Le 8 juillet 2026, le Conseil des ministres a approuvé l’attribution à SD Mining d’une concession provisoire d’environ 6 hectares sur le littoral de Nouakchott, dans la moughataa de Tevragh Zeina, pour la réalisation d’un complexe hôtelier cinq étoiles. Je comprends que cet investissement s’inscrive dans une stratégie nationale de diversification économique et de développement du tourisme. Néanmoins, je me demande s’il ne serait pas pertinent que les premiers investissements structurants bénéficient aussi au Guidimakha, où les besoins en infrastructures et en services de base demeurent considérables.
L’emploi constitue également une attente majeure.
Les 1 000 à 1 200 emplois annoncés représentent une formidable opportunité. Mais leur impact dépendra de leur accessibilité et de la transparence des recrutements. Les jeunes du Guidimakha, y compris ceux vivant dans les communes rurales, auront-ils un accès équitable à l’information ? Les femmes pourront-elles bénéficier pleinement des opportunités offertes ? Les entreprises locales, les coopératives, les artisans et les PME seront-elles associés au projet à travers une véritable politique de contenu local (Local Content) ?
Je reste enfin particulièrement attentif aux enjeux environnementaux.
Le Guidimakha est une région agro-sylvo-pastorale, où l’agriculture et l’élevage constituent les principaux moyens de subsistance de nombreuses familles. Dans un contexte déjà marqué par les changements climatiques, la sécheresse et la dégradation des terres, la protection des ressources en eau, des terres agricoles, des pâturages et de la biodiversité devra être une priorité absolue. De même, les mécanismes de prévention des conflits fonciers et de réhabilitation environnementale devront être clairement définis et suivis.
Une dernière question me paraît essentielle : que restera-t-il après la mine ?
Avec une durée d’exploitation estimée à 20 ans, il est indispensable de penser dès aujourd’hui à l’après-mine. Les revenus générés devront contribuer à renforcer durablement l’éducation, la formation professionnelle, les infrastructures, l’agriculture, l’élevage, les PME locales et la diversification de l’économie régionale.
Je suis convaincu que l’exploitation des ressources naturelles peut constituer un formidable levier de développement. Mais l’expérience de nombreux pays montre que la richesse minière ne garantit pas, à elle seule, le développement. Celui-ci dépend avant tout de la qualité de la gouvernance, de la transparence, de la participation des communautés, du partage équitable des bénéfices et de la protection de l’environnement.
Aujourd’hui, je suis donc à la fois heureux et vigilant :
J’espère sincèrement que le projet de Ghabou deviendra une référence en matière de gouvernance responsable, de transparence, de protection de l’environnement et de développement territorial, afin que cette richesse bénéficie durablement aux populations du Guidimakha et à l’ensemble de la Mauritanie.
Auteur : M. Ibrahima Deh, doctorant en sciences de l’environnement – Université du Québec à Montréal (UQAM)
Chercheur associé au groupe de rechercheur.e.s en responsabilité sociale et développement durable (CRSDD)