Article de sensibilisation – Guerre de l’information au Sénégal : quand la bataille politique menace la vérité et la cohésion nationale ?

Depuis plusieurs mois, le débat politique sénégalais semble avoir quitté le terrain des idées pour investir celui de la communication permanente. Les réseaux sociaux, les plateformes numériques, certaines émissions de télévision et même une partie de la presse sont devenus les principaux espaces d’une véritable guerre de l’information opposant les différents courants gravitant autour du pouvoir, notamment ceux perçus comme proches du Président Bassirou Diomaye Faye et de l’ancien premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.

Au-delà des rivalités politiques, cette situation soulève une question fondamentale : que devient la démocratie lorsque l’information se transforme en instrument de mobilisation, de propagande ou de manipulation ?

Il convient de préciser qu’il ne s’agit pas ici de désigner un camp comme seul responsable. Dans toute confrontation politique, les stratégies de communication sont utilisées par l’ensemble des acteurs. Cependant, lorsque ces stratégies reposent sur la désinformation, les attaques personnelles, les montages vidéo, les rumeurs ou les interprétations volontairement orientées, elles finissent par fragiliser l’ensemble de la société.

Une guerre qui se joue d’abord sur les réseaux sociaux ?

Facebook, X (Twitter), TikTok ou encore WhatsApp sont devenus les principaux champs de bataille informationnels. Chaque déclaration est immédiatement découpée, sortie de son contexte, commentée ou détournée afin de conforter les convictions de son propre camp. Les algorithmes des plateformes privilégient naturellement les contenus suscitant de fortes réactions émotionnelles : colère, peur, indignation ou enthousiasme.

Cette logique favorise davantage les messages polarisants que les analyses nuancées, créant ainsi des « bulles informationnelles » où chacun est exposé principalement aux opinions qui confirment ses propres croyances.

Les recherches en sciences sociales montrent que cette dynamique contribue à accentuer la polarisation politique et la défiance envers les institutions.

Dans ce contexte, le citoyen n’est plus simplement un consommateur d’information : il devient parfois, souvent sans le savoir, un relais de campagnes de désinformation.

Le risque d’une société durablement divisée ?

La guerre de l’information ne produit pas uniquement de fausses nouvelles. Elle modifie progressivement la manière dont les citoyens perçoivent la réalité. Lorsque chaque événement possède deux versions totalement opposées selon les appartenances politiques, la confiance disparaît progressivement :

  • On ne débat plus des faits mais des récits ;
  • On ne cherche plus à comprendre mais à convaincre ;
  • On ne critique plus des idées mais des personnes.

Cette logique peut conduire à une radicalisation des opinions, où tout compromis devient impossible. L’OCDE souligne que la désinformation constitue aujourd’hui une menace directe pour l’intégrité démocratique, car elle affaiblit la confiance envers les institutions, les médias et les processus démocratiques.

Pour un pays comme le Sénégal, dont la stabilité démocratique constitue un atout majeur en Afrique de l’Ouest, cette évolution mérite une attention particulière.

La responsabilité des médias ?

La presse demeure un pilier essentiel de toute démocratie. Cependant, cette responsabilité implique également un devoir d’indépendance, de rigueur et d’impartialité. Force est de constater que certains organes de presse donnent parfois l’impression d’abandonner leur rôle d’information pour devenir les porte-voix de sensibilités politiques particulières. Les plateaux télévisés se transforment parfois en espaces de confrontation permanente où le spectacle prend le dessus sur l’analyse.

L’information est alors sélectionnée, hiérarchisée ou présentée de manière à conforter une ligne éditoriale plutôt qu’à éclairer le citoyen. À l’inverse, d’autres médias sont systématiquement accusés de partialité simplement parce que leurs enquêtes dérangent certains acteurs politiques. Dans une démocratie, la critique de la presse est légitime.

En revanche, les campagnes visant à discréditer systématiquement tous les journalistes ou tous les médias participent elles aussi à la guerre de l’information. Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir un média favorable à ses convictions, mais de croiser les sources, vérifier les informations et distinguer les faits des opinions.

Le citoyen, première victime de la manipulation ?

Le plus grand danger de cette guerre informationnelle réside dans le fait que le citoyen ordinaire devient la principale cible.

Les travaux de David Lazer et de plusieurs chercheurs montrent que « les fausses informations exploitent davantage les émotions que les raisonnements« , ce qui explique leur diffusion particulièrement rapide sur Internet. Patrick Charaudeau rappelle également que toute « communication comporte une dimension persuasive, mais que la manipulation apparaît lorsque l’objectif consiste à orienter le jugement du public en brouillant volontairement la frontière entre vérité et mensonge ».

Aujourd’hui, chacun peut produire un contenu viral en quelques minutes :

  • Une vidéo sortie de son contexte. Une citation tronquée ;
  • Une photographie ancienne présentée comme récente ;
  • Une intelligence artificielle capable de produire de faux discours.

Autant d’outils qui rendent la manipulation beaucoup plus accessible qu’auparavant. Développer une véritable culture de l’information Face à cette évolution, la meilleure réponse ne réside pas dans la censure mais dans le renforcement de l’esprit critique.

Chaque citoyen devrait développer quelques réflexes simples :

  • Vérifier l’origine d’une information avant de la partager ;
  • Consulter plusieurs médias aux sensibilités différentes ;
  • Distinguer un fait d’un commentaire ; se méfier des contenus jouant exclusivement sur l’émotion ;
  • Accepter que son propre camp puisse également diffuser des informations inexactes.

Cette éducation aux médias constitue aujourd’hui un enjeu démocratique majeur. Les recherches sur la désinformation insistent sur le fait que la résilience des citoyens est l’un des meilleurs remparts contre les campagnes de manipulation.

Préserver le débat démocratique ?

Le Sénégal traverse une période politique importante. Les attentes économiques, sociales et institutionnelles sont considérables. Dans ce contexte, le pays gagnerait davantage à organiser un débat exigeant sur les politiques publiques qu’à alimenter une compétition permanente entre récits antagonistes.

La démocratie ne suppose pas l’absence de désaccords. Au contraire, elle repose sur la confrontation des idées dans le respect des faits. La guerre de l’information risque de remplacer progressivement cette confrontation par une logique de propagande où chaque camp cherche moins à convaincre qu’à discréditer l’autre.

Le véritable patriotisme consiste pourtant à protéger la qualité du débat public. Cela suppose des responsables politiques plus responsables dans leur communication, des médias attachés à leur indépendance éditoriale, des plateformes numériques davantage engagées contre les campagnes de manipulation et, surtout, des citoyens conscients que partager une information est aussi un acte civique. Dans une époque où chacun peut être simultanément lecteur, journaliste, commentateur et diffuseur, la vérité devient un bien collectif qu’il appartient à tous de protéger.

La force d’une démocratie ne se mesure pas seulement à la liberté d’expression dont elle bénéficie, mais également à la qualité de l’information sur laquelle ses citoyens fondent leurs décisions. Préserver cette qualité est aujourd’hui l’un des plus grands défis du Sénégal, comme de toutes les démocraties confrontées à la révolution numérique.

Cette exigence d’une information fiable, pluraliste et accessible est précisément la philosophie qui guide Sen Retail.

Bien que la plateforme soit principalement consacrée à la consommation, à la grande distribution, à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et au développement durable, elle repose sur une conviction simple : un consommateur est avant tout un citoyen. Or, un citoyen ne peut exercer pleinement sa liberté de choix, qu’il s’agisse d’un acte d’achat, d’un engagement social ou d’une décision politique, que s’il dispose d’une information rigoureuse, vérifiée et contextualisée.

C’est dans cette démarche que s’inscrit Sen Retail : contribuer à l’éducation et à la sensibilisation des consommateurs sénégalais à travers des analyses fondées sur des faits, des travaux de recherche et une approche pédagogique, tout en refusant les logiques de manipulation, de désinformation et de polarisation qui fragilisent le débat public. À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la diffusion de contenus parfois trompeurs, promouvoir une culture de l’esprit critique et de la vérification des sources devient un véritable enjeu citoyen.

Fidèle à son slogan, « Chez nous, le consommateur est le patron », Sen Retail entend ainsi participer à la construction d’une société mieux informée, plus responsable et davantage capable de prendre des décisions éclairées au service de l’intérêt général. Cette mission est au cœur de l’identité de la plateforme et de ses différentes initiatives d’information et de sensibilisation.


  • Article de sensibilisation réalisé par Malick MBOUP, docteur en géographie, fondateur et content manager de la plateforme d’information et de sensibilisation des consommateurs au Sénégal et dans la diaspora, Sen Retail.

Quelques références scientifiques à citer en bibliographie :

David Colon (2023), La Guerre de l’information. Les États à la conquête de nos esprits

  • Lien officiel : Vous pouvez consulter la fiche de l’ouvrage directement sur le site de l’éditeur via les Éditions Tallandier.

Patrick Charaudeau (2020), La manipulation de la vérité. Du triomphe de la négation aux brouillages de la post-vérité

David M. J. Lazer et al. (2018), The Science of Fake News

  • Lien officiel : L’article scientifique original est publié et consultable sur la prestigieuse revue Science.

Savvas Zannettou et al. (2018), The Web of False Information: Rumors, Fake News, Hoaxes, Clickbait, and Various Other Shenanigans

  • Lien officiel : La publication finale est archivée sur la bibliothèque numérique ACM Digital Library.

Emilio Ferrara (2017), Disinformation and Social Bot Operations in the Run Up to the 2017 French Presidential Election

  • Lien officiel : L’article complet a été publié dans la revue en libre accès First Monday.

OCDE (2024), Les faits sans le faux : Lutter contre la désinformation, renforcer l’intégrité de l’information

  • Lien officiel : Le rapport gouvernemental complet et ses différentes sections sont téléchargeables directement sur la Bibliothèque de l’OCDE. [1, 2, 3]

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