Introduction :
En Afrique, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) sort peu à peu des rapports et des slogans pour s’enraciner dans le réel. À travers elle, c’est une nouvelle manière de penser le développement qui s’affirme : une gouvernance partagée où entreprises, collectivités et citoyens deviennent co-acteurs d’un même projet de société. Car le développement durable ne se décrète pas ; il se construit, pas à pas, avec celles et ceux qui vivent et travaillent dans les territoires.
Repenser la gouvernance du développement durable
Les défis économiques et sociaux auxquels nos pays font face (emploi des jeunes, santé, éducation, inclusion) dépassent les capacités d’action isolées de l’État. Ils appellent à une gouvernance partagée, fondée sur la concertation et la co-responsabilité.
La RSE, quand elle est vécue comme un dialogue plutôt qu’une contrainte, devient un pont entre acteurs publics et privés.
Elle permet d’adapter les politiques publiques aux réalités locales, de créer des passerelles entre entreprises et collectivités, et de faire émerger des solutions concrètes : programmes de formation, appui aux filières locales, initiatives environnementales de proximité. C’est cette logique d’alliance qui redonne sens au mot « développement ».
L’employabilité : cœur battant de la RSE locale
S’il est un domaine où la RSE démontre toute sa pertinence, c’est bien celui de l’employabilité. Sur tout le continent, la population représente à la fois notre plus grande richesse et notre plus grand défi.
Chaque emploi créé, chaque compétence développée, chaque personne accompagnée est une victoire collective.
Mais encore faut-il que les entreprises, les écoles, les centres de formation et les collectivités parlent le même langage.
La RSE peut être ce langage commun : elle rapproche les besoins économiques des réalités sociales et éducatives, elle fait du monde de l’entreprise un partenaire du développement local.
En soutenant la formation, l’apprentissage et l’insertion, elle devient un levier de cohésion territoriale.
“La RSE peut être ce langage commun : elle rapproche les besoins économiques des réalités sociales et éducatives, elle fait du monde de l’entreprise un partenaire du développement local”.
M. Philippe CORDIER
L’étude Ceemo : comprendre pour agir
C’est dans cet esprit que Ceemo SAS, Société d’Accompagnement à l’International implantée à Abidjan et Dakar, a conduit entre 2020 et 2021 la toute première étude sur l’employabilité des jeunes diplômés au Sénégal, en collaboration avec un enseignant-chercheur en sociologie.
Onze entreprises issues de neuf secteurs stratégiques (du BTP à la logistique, de l’agroalimentaire au numérique) ont été interrogées en entretiens semi-directifs pour comprendre, au-delà des statistiques, la réalité vécue par les acteurs économiques.
Encadré éditorial : Résultats clés des travaux de recherche-action Ceemo
Travaux conduits auprès de 11 entreprises, issues de 9 secteurs d’activité à fort potentiel d’emploi (BTP, logistique, agroalimentaire, numérique, immobilier, etc.).
Trois décalages majeurs ont été identifiés :
Point de convergence fort : les entreprises interrogées expriment une volonté claire d’être associées à la solution, notamment dans la co-construction des parcours de formation et des compétences.

Ces résultats, illustrés par cette image ci-dessus, ont révélé trois décalages majeurs : un déficit technique lié à l’insuffisance de la pratique, un déficit comportemental marqué par le manque de repères professionnels, et un conflit de normes sociales entre les attentes des jeunes et celles du monde du travail.
Mais surtout, l’étude a fait émerger un point d’accord fort : les entreprises veulent être associées à la solution.
Elles expriment clairement leur volonté de participer à la conception des parcours de formation, à la définition des compétences, et plus largement à la construction d’un écosystème d’employabilité durable.
Ceemo, en assumant un rôle d’intermédiaire entre entreprises, institutions de formation et décideurs publics, amorce ainsi une co-construction territoriale inédite.
Cette dynamique, encore à ses débuts, trace une voie nouvelle : celle d’une RSE ancrée dans le territoire, où les solutions à l’inadéquation formation-emploi se bâtissent localement, dans le dialogue et la coresponsabilité.
À travers cette démarche, la RSE cesse d’être un discours pour devenir un mécanisme collectif d’apprentissage et d’action, au service du développement local et de la jeunesse africaine.
Pour une culture de la co-responsabilité ?
Promouvoir la gouvernance partagée, c’est accepter de repenser nos rôles. Les entreprises ne remplacent pas l’État, mais elles peuvent catalyser des solutions. Les collectivités, elles, gagnent à intégrer la RSE dans leurs stratégies, non comme un exercice de conformité, mais comme un outil d’innovation sociale et économique. C’est de cette alliance que naîtra une culture de la co-responsabilité : celle d’un développement construit par et pour les communautés locales.
Conclusion
La RSE n’est pas une mode : c’est une manière d’exercer le pouvoir d’agir. En plaçant l’employabilité au cœur de son action, elle relie l’entreprise à son environnement humain. Et si, demain, le véritable indicateur de réussite n’était plus le profit seul, mais la capacité à faire grandir les territoires ? C’est ce pari que nous devons oser collectivement.
Article de sensibilisation réalisé par M. Philippe CORDIER, Consultant et dirigeant d’entreprise, Philippe s’engage depuis plus de 10 ans pour la promotion d’une RSE africaine ancrée dans les réalités territoriales. À la tête de Ceemo SAS et de Oo2 Formations CI, il défend une approche partenariale du développement et préside la Commission RSE d’Eurocham Sénégal.
L’intégralité du magazine est à télécharger gratuitement sur : https://senretail.sn/wp-content/uploads/2026/01/MAGAZINE-SEN-RETAIL-N°12.pdf