Projet Simandou : quelles politiques à adopter pour Une Gouvernance Inclusive et Responsable ?

Introduction :

Le projet Simandou s’impose aujourd’hui comme l’un des plus grands projets miniers intégrés au monde, tant par l’ampleur de ses réserves que par la complexité de ses infrastructures et la profondeur de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux. Situé dans le sud-est de la Guinée, le massif du Simandou abrite l’un des gisements de minerai de fer de haute teneur les plus importants de la planète, avec des réserves estimées à plusieurs milliards de tonnes. À ce titre, il représente un levier stratégique majeur pour la transformation structurelle de l’économie guinéenne.

Au-delà de l’exploitation minière stricto sensu, le projet Simandou est un projet intégré, combinant mines, chemin de fer transguinéen de plus de 600 kilomètres et port minéralier en eau profonde. Son ambition dépasse donc largement la seule exportation de matières premières : il s’agit d’un projet structurant pour l’aménagement du territoire, la création d’emplois, la modernisation des infrastructures et l’insertion de la Guinée dans les chaînes de valeur mondiales. La communication portée par l’État guinéen, les partenaires industriels et financiers ainsi que les institutions internationales a fortement contribué à positionner Simandou comme un projet d’espoir national. Il est présenté comme un catalyseur de croissance, un moteur de recettes fiscales et une opportunité historique de développement. Cette narration a suscité de fortes attentes, en particulier au sein des communautés locales directement impactées par les activités minières et les infrastructures associées.

Cependant, derrière cette ambition affichée, une question essentielle demeure : le projet Simandou est-il réellement conçu et mis en œuvre avec et pour les populations concernées ?

Des communautés historiquement marginalisées dans les projets miniers ?

L’expérience guinéenne en matière de grands projets miniers invite à la prudence. Malgré des décennies d’exploitation de ressources naturelles (bauxite, or, diamant, fer), les communautés riveraines ont rarement bénéficié de retombées socioéconomiques à la hauteur des richesses extraites de leurs territoires. Infrastructures sociales inachevées, promesses non tenues, faibles opportunités d’emplois locaux, dégradation de l’environnement et tensions sociales constituent un héritage encore très présent.

Dans ce contexte, le projet Simandou, par son envergure exceptionnelle, cristallise à la fois les espoirs et les inquiétudes. Les populations locales, bien que familières des projets miniers, n’ont que très rarement été associées de manière substantielle aux processus de décision. Trop souvent, la consultation se limite à des mécanismes formels, descendants, peu compréhensibles et sans réel pouvoir d’influence pour les communautés.

Dès lors, plusieurs interrogations fondamentales se posent :

  • Les populations ont-elles été effectivement consultées pour identifier leurs besoins prioritaires ?
  • Ont-elles été informées de leurs droits, notamment celui d’orienter ou d’influencer les investissements sociaux réalisés sur leurs territoires ?
  • Les mécanismes de dialogue existants permettent-ils une participation réelle ou se limitent-ils à une validation a posteriori de décisions déjà prises ?

Ces questions sont au cœur du défi de gouvernance du projet Simandou.

Les enjeux et limites actuels de la gouvernance du projet ?

Le principal enjeu réside dans la capacité des entreprises impliquées et de l’État guinéen à dépasser une approche strictement compensatoire ou corrective. Certes, les entreprises ont l’obligation de réparer les dommages environnementaux causés par les activités minières et de mettre en place des mesures d’atténuation pour les impacts futurs. Toutefois, le volet social du projet ne peut se réduire à la construction ponctuelle d’écoles, de forages ou de centres de santé décidés sans réelle concertation.

Un projet de l’ampleur de Simandou exige une stratégie sociale cohérente, transparente et durable, fondée sur la participation active des communautés. Or, l’absence de mécanismes institutionnalisés de dialogue et de suivi limite fortement l’appropriation locale du projet.

Pour répondre à cette lacune, la mise en place d’un comité de surveillance et d’écoute communautaire apparaît indispensable. Ce comité devrait être composé de manière équilibrée :

  • des représentants légitimes des communautés locales (chefs coutumiers, jeunes, femmes, organisations communautaires) ;
  • des représentants de l’État, à différents niveaux (central et local) ;
  • des entreprises minières et des partenaires du projet.

Un tel dispositif aurait pour mission de garantir que les décisions relatives aux investissements sociaux, à l’environnement et à l’emploi local soient concertées, légitimes et alignées sur les priorités réelles des populations. Il s’agirait d’un espace permanent de dialogue, de suivi et d’évaluation, et non d’un simple organe consultatif symbolique.

Vers une approche nouvelle, inclusive et territorialisée ?

L’instauration d’un comité de suivi communautaire ne constitue pas une fin en soi, mais le socle d’une approche plus large de développement territorial intégré. En associant les populations à la gouvernance du projet, Simandou peut devenir un véritable moteur de transformation économique locale.

Une gouvernance inclusive permettrait notamment :

  • la dynamisation de l’économie locale, en favorisant les PME, les coopératives et l’entrepreneuriat communautaire ;
  • l’intégration des populations locales dans la chaîne de valeur du projet (sous-traitance, services, logistique, maintenance, restauration, etc.) ;
  • la création d’opportunités économiques durables, au-delà de la durée de vie de la mine, notamment dans l’agriculture, la transformation locale et les services.

Cette approche suppose également un investissement massif dans le renforcement des capacités locales : formation professionnelle, alphabétisation, accompagnement des jeunes et des femmes, afin de permettre aux communautés de tirer pleinement parti des opportunités générées par le projet.

Un modèle de gouvernance à la hauteur de Simandou

Compte tenu de l’importance stratégique du projet Simandou pour la Guinée et pour l’Afrique de l’Ouest, sa gestion ne peut reproduire les schémas classiques des projets miniers du passé. Elle doit s’appuyer sur un modèle de gouvernance responsable, participatif et adapté aux réalités locales, intégrant les dimensions économiques, sociales, environnementales et culturelles.

Le succès du projet ne se mesurera pas uniquement en volumes exportés ou en recettes fiscales, mais aussi à sa capacité à :

  • réduire les inégalités territoriales,
  • renforcer la cohésion sociale,
  • préserver l’environnement,
  • laisser un héritage positif et durable aux générations futures.

En ce sens, Simandou constitue un test décisif pour la Guinée : celui de sa capacité à transformer une richesse minérale exceptionnelle en un véritable projet de développement inclusif.

Le projet Simandou mérite une gouvernance à la hauteur de son ambition. Il peut devenir un modèle de référence en matière de gestion responsable des ressources naturelles, à condition de placer les communautés au cœur de la décision et de reconnaître qu’il n’y a pas de développement durable sans participation effective des populations.


Article de sensibilisation réalisé par M. EL Hadji Omar BAH, Stratégie RSE, Critères ESG, Philanthropie, RH et chargé de cours RSE et RH.


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